The Turing Point. Newsletter 42AI Impact et Gouvernance #2
EDITO : Réinvestir le monde numérique, renouer le temps du dialogue
“Who should decide where to draw the line and how to weigh the pros and cons? CEOs of companies or democratically chosen governments?”
Reasoning through arguments against taking AI safety seriously — Yoshua Bengio
L’accélérationnisme technologique, la crise climatique, les guerres multiples… Ces enjeux trouvent désormais un nouveau dénominateur commun dans l’Intelligence Artificielle. Et à en croire les géants de l’IA, le futur s’écrira inéluctablement avec leur technologie. Mais est-ce bien vrai ? Sommes-nous condamnés à une intelligence artificielle qui seconde l’humain dans ce qu’il fait déjà de plus funeste, avant de la voir le dépasser, tout simplement ?
Ce récit idéologique imprègne l’espace médiatique, le sature. Pourtant, les dix doigts de nos mains suffiraient presque à compter ses bardes : OpenAI, Anthropic, Meta, Google, X… La possibilité d’une trajectoire différente pour le progrès technologique est alors niée, considérée comme impossible, donc inenvisageable. Il s’agit dès lors de ne pas se laisser décourager. Ces enjeux sont immenses, mais collectifs : il est possible d’agir à notre échelle.
Il est temps de renouer le dialogue entre tous les acteurs de cet écosystème complexe que représente l’IA. De créer des lieux de rencontre, des ateliers pour mettre les outils dans les mains de femmes, des minorités, de réfléchir à leur conception et leurs limites avec les plus jeunes et les plus âgés. Pour les rendre plus accessibles, plus éthiques, plus transparents, plus inclusifs.
Aux géants des grands modèles de langage (LLM) il existe déjà des alternatives. Aleph Alpha, Lumo, AMI, des plus petits modèles accessibles en source-ouverte via Hugging Face — le GitHub des modèles d’IA — ou encore des projets français portés par le CNRS. Chaque jour de nouvelles initiatives se créent, plus ouvertes les unes que les autres. C’est aussi dans cet effort que 42AI se mobilise pour organiser des évènements, des boot camps, ou encore des conférences dont la première s’est tenue le 22 mai dernier (retrouvez le replay ici). Nous croyons en la valorisation de tous les points de vue afin de ne pas laisser la technologie entre les mains des seuls entrepreneurs et ingénieurs.
Nous devons nous saisir de ces questions parce que nous habitons tous, à différents degrés, le monde numérique. Nous ne pouvons pas seulement en être locataire.
Article — Bulle de l’IA : Pop ou pas encore ?
Depuis bientôt un an, de nombreuses voix diagnostiquent un phénomène de bulle spéculative autour de l’industrie de l’IA générative. Sam Altman, dirigeant d’OpenAI, l’a lui-même concédé en août 2025. Atteindre la rentabilité sur l’IA générative relève déjà d’un haut niveau d’équilibrisme en temps “normal”. Mais de nombreux facteurs pourraient rendre l’exercice encore plus périlleux. Entre crises énergétique, climatique et géopolitique, bienvenue à l’ère de la polycrise qui fragilise davantage encore la bulle de l’IA. Illustration avec un focus sur les puces fabriquées à Taïwan.
Article rédigé par Benjamin Karas, en reconversion à 42 Paris, co-responsable de la Newsletter The Turing Point
Dans l’œil d’Hal : la magie derrière l’IA
On a parfois l’impression que l’IA générative est magique : elle nous “comprend”, ses réponses sont “géniales”, ses vidéos générées sont bluffantes… Mais derrière chaque modèle se cachent parfois des erreurs et des hallucinations, mais aussi des humains. Beaucoup d’humains.
On imagine facilement le développeur ou la développeuse de génie qui fait faire des miracles aux modèles d’IA. On oublie souvent le revers de la médaille : les annotateurs et annotatrices de données.
Leur mission consiste à étiqueter des images, des vidéos ou des environnements 3D, en identifiant les éléments y figurants : arbres, trains et autres chats. Les données ainsi traitées deviennent alors exploitables pour entraîner des modèles d’IA. Si ChatGPT vous génère une magnifique image d’un métro parisien, c’est parce qu’il a été entraîné sur des milliers d’images de métro parisien, sur lesquelles a été apposé l’étiquette, ou le tag “métro parisien”. Et paf la magie opère.
Aujourd’hui, le métier d’annotateur de données gagne en complexité et exige de plus en plus de compétences : étiquetage de vidéos, d’imageries médicales, ou encore de rendus 3D LiDAR. Malgré cela, il reste sujet à de nombreuses controverses. Le salaire de ces “travailleurs du clic” est loin d’atteindre celui des développeurs de la Silicon Valley. Leurs conditions de travail sont parfois dégradantes humainement. Dernier scandale en date : des annotateurs de données Kényans ont dû visionner dans le cadre de leur travail des scènes intimes de personnes utilisant les lunettes Meta Ray Ban. Les inégalités sociales ne sont pas prêtes de disparaître “comme par magie”, même avec l’IA.
Article — La surveillance vidéo algorithmique lors des Jeux Olympiques de Paris
L’Etat français a expérimenté la surveillance vidéo algorithmique (SVA) lors des JO de Paris 2024. Malgré de vives controverses, le feu vert a été donné pour poursuivre l’expérimentation en élargissant son champ d’application. L’occasion de faire le bilan sur la première phase pendant les JO : quelles étaient les contraintes imposées pour l’expérimentation ? Est-ce que la SVA était vraiment efficace pour renforcer la sécurité des JO ? Enfin, quelles sont les perspectives concernant la SVA en France ?
Article rédigé par Louis Fourneau, étudiant à 42 Paris, diplômé de Sciences Po Paris
Il ne fallait pas manquer …
La Revue de Presse du Pôle Impact et Gouvernance de 42AI.
OOPSY… — Vous voulez hacker le compte Insta de Barack Obama ? Demander à l’IA Meta ! (404 Media)
ILLEGAL ROBOCOP — Quand la Police française utilise illégalement la reconnaissance faciale
- La reconnaissance faciale déployée à grande échelle sur les téléphones des forces de l’ordre (Disclose)
- La Cour de justice de l’Union européenne désavoue le système de fichage français (La Quadrature du Net)
COCORICO… ou pas ? — La France, championne des data-centers ou “sous-traitant énergétique” pour les Etats-Unis ? A l’occasion des investissements annoncés lundi 1er juin au sommet Choose France, Le Monde s’interroge (Le Monde)
PRÉSOMPTION… D’EXPLOITATION — Un texte de loi instaurant une “présomption d’exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA” adopté par le Sénat et transmis à l’Assemblée Nationale. “Concrètement, avec cette loi, ce ne sont plus les créateurs, producteurs ou éditeurs qui devront démontrer que leurs œuvres ont été utilisées, mais les acteurs de l’IA qui devront prouver le contraire.” (BPI France)
MEDIC-GPT — Quand l’IA raisonne aussi bien que votre médecin généraliste (Science)
A GOOD FRIEND — Les chatbots IA amicaux font plus d’erreurs et vous disent ce que vous voulez entendre (University of Oxford)
La rédaction vous recommande : MATRIX, GAGNER LA BATAILLE DE L’INTÉRIEUR
Dans le futur, l’intelligence artificielle a pris le contrôle sur les humains et les utilise comme source d’énergie. Ce synopsis pourrait être celui d’une dizaine d’œuvres. Mais peu ont marqué la science-fiction comme l’a fait Matrix.
Trilogie (devenue quadrilogie anecdotique en 2019) réalisée par les sœurs Wachowski, The Matrix dépeint une dystopie dans laquelle notre quotidien n’est qu’une simulation virtuelle créée par des machines informatiques afin de soumettre les êtres humains. Un jour, le programmeur informatique Néo apprend la vérité et rejoint la rébellion afin de regagner le pouvoir sur son existence. A l’heure où l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres et les chatbots dans toutes les mains, difficile de ne pas y voir un écho avec notre ère moderne.
Le premier volet, sorti en 1999, apparaît comme un ovni cinématographique. Le syncrétisme du film détonne. D’abord pour son savant mélange d’arts martiaux hongkongais, de trench en latex et d’IA malveillante. Puis parce qu’il s’éloigne des représentations habituelles des machines. Dans ce monde post-apocalyptique, la technologie qui surpasse l’homme n’est pas un robot mais une machine fluide, qui ne ressemble pas physiquement à un être vivant.
Le film met non seulement en garde contre les dérives d’une mauvaise utilisation des machines mais va plus loin en poussant à la réflexion philosophique. Matrix dépeint deux mondes, l’un réel, l’autre virtuel, mais qui ressemblerait à s’y méprendre au réel. Dès lors, il y peut y avoir une confusion entre ces univers. Et ceux qui se complaisent dans le metaverse pourraient bien être tentés de ne plus revenir à la réalité.
Matrix nous dit aussi que nous avons le choix. Entre la “pilule rouge” la “pilule bleue”, Néo choisit la rouge, il choisit de connaître la vérité, même douloureuse. En tant que programmeur informatique, il va mener la bataille depuis l’intérieur des systèmes et ne pas laisser le pouvoir de décision aux géants qui les ont modelés. A bon entendeur ?
La quadrilogie des sœurs Wachowski fait déjà partie de votre top 10 ? Pas de panique. Matrix est une œuvre que l’on peut constamment redécouvrir. Tout comme il existe autant de perceptions du réel que d’êtres vivants, il existe une infinité d’interprétations du film.
Ecologie, transidentité, spiritualité ou encore complotisme, à vous de regarder cette saga avec vos propres lunettes sur le monde !
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Equipe éditoriale : Benjamin Karas, Nora Todeschini, Louis Fourneau
